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Travailler après 60 ans : bien plus qu’une question d’argent

  • 25 août
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 août


 De plus en plus de Québécois continuent de travailler après l’âge traditionnel de la retraite. Certains le font par nécessité financière, mais beaucoup souhaitent surtout rester actifs, transmettre leur expérience, conserver des liens sociaux et continuer à se sentir utiles. Et si le travail, lorsqu’il est choisi et adapté, contribuait aussi à mieux vieillir?

Pendant longtemps, la retraite représentait une frontière bien définie : à 60 ou 65 ans, on quittait son emploi pour amorcer une nouvelle étape de sa vie. Aujourd’hui, cette frontière devient beaucoup plus souple.

Selon l’Institut de la statistique du Québec, le taux d’emploi des personnes de 65 ans et plus est passé de 3,2 % en 2000 à 13 % en 2024. Chez les 65 à 69 ans, il atteint maintenant 25 %. Cette progression touche autant les hommes que les femmes, même si les hommes demeurent proportionnellement plus nombreux à occuper un emploi après 65 ans.

Mais ces statistiques ne racontent pas toute l’histoire. Elles ne précisent pas toujours combien d’heures ces personnes travaillent, quel type d’emploi elles occupent ni, surtout, ce qui les motive à poursuivre.

Travailler par nécessité… ou par choix

Certaines personnes doivent continuer de travailler pour joindre les deux bouts. Le coût de la vie, l’insuffisance de l’épargne et la hausse des dépenses liées au logement peuvent rendre la retraite difficilement accessible.

Pour d’autres, cependant, le travail demeure une source de plaisir, d’accomplissement et de contacts humains. En 2022, environ une personne de 65 à 74 ans sur cinq occupait encore un emploi au Canada. Elles étaient légèrement plus nombreuses à dire qu’elles travaillaient principalement par choix que par nécessité.

Une retraitée du réseau de la santé nous le rappelait récemment : tout dépend du domaine dans lequel on travaille, de son état de santé et, bien entendu, de l’amour que l’on porte à sa profession.

Au sein même de notre équipe, nous en avons un bel exemple. Notre patriarche, aujourd’hui âgé de 88 ans, continue de contribuer autant qu’il le peut. Après trois décennies de collaboration, son expérience, sa mémoire et son regard demeurent précieux.

Le travail comme antidote à l’isolement

Un ancien collègue de 71 ans reprend cette semaine une charge de cours à 70 % dans un collège. Il revient d’un voyage en Europe, ses enfants ont leur propre vie et sa conjointe est décédée. Seul dans une grande maison, il trouvait parfois le temps long. Retourner enseigner lui permet non seulement d’améliorer son revenu et de s’offrir quelques plaisirs, mais surtout de retrouver des collègues, des étudiants, un horaire et une raison de sortir de chez lui. Un autre ami, âgé de 77 ans, travaille six mois par année dans un club de golf. Il demeure ainsi actif pendant la belle saison, rencontre des gens et conserve un lien avec un milieu qu’il apprécie. Ces exemples montrent que le travail ne procure pas seulement un salaire. Il apporte aussi une structure, un sentiment d’appartenance et la satisfaction de contribuer à quelque chose.

Des besoins criants dans certains secteurs

Le réseau de l’éducation fait notamment appel aux enseignants retraités pour effectuer des remplacements ou reprendre certaines charges de cours. Le gouvernement du Québec présente d’ailleurs les conditions permettant aux retraités du réseau de revenir travailler.

Nous avons connu un professeur qui a continué à enseigner dans des universités montréalaises au-delà de ses 84 ans. Dans des domaines où l’expérience et la transmission des connaissances comptent énormément, pourquoi se priver de telles compétences simplement en raison d’une date inscrite sur un certificat de naissance?

Encore faut-il que les conditions de travail soient souples : horaires réduits, contrats à temps partiel, travail saisonnier ou mandats ponctuels. Tout le monde ne souhaite pas reprendre une semaine de 40 heures — et tout le monde n’en a pas la capacité.

Quand la passion ne prend pas sa retraite

Le commandant Robert Piché a effectué son dernier vol comme pilote de ligne en 2017, à l’âge de 65 ans. Il continue néanmoins de rencontrer le public et de transmettre les leçons tirées de son parcours. Le lundi 24 août marquait justement le 25e anniversaire de son spectaculaire vol plané. Dans la nuit du 23 au 24 août 2001, une fuite de carburant avait provoqué l’arrêt des deux moteurs du vol 236 d’Air Transat. Robert Piché et son équipage avaient réussi à faire planer l’Airbus pendant près de 20 minutes avant de l’atterrir aux Açores. Les 306 personnes à bord avaient survécu.

Dans un tout autre domaine, l’acteur Anthony Hopkins prouve lui aussi que la créativité n’a pas d’âge. À 88 ans, il vient de lancer Life Is a Dream, un album de musique classique réunissant des œuvres qu’il a composées au cours des 60 dernières années. La retraite professionnelle ne signifie donc pas nécessairement la fin des projets, des rêves ou du désir de créer.

Est-ce réellement avantageux financièrement?

C’est souvent la grande question : vaut-il la peine de retourner travailler lorsqu’on reçoit déjà des revenus de retraite?

Une fiscaliste rencontrée récemment lors de la Grande Tournée expliquait qu’un revenu de travail supplémentaire relativement modeste n’entraînait pas nécessairement les conséquences fiscales que plusieurs redoutent. Il faut toutefois éviter les généralisations. L’effet réel dépend de nombreux facteurs : l’âge, le revenu total, la rente du Régime de rentes du Québec, les retraits d’un REER, le Supplément de revenu garanti ainsi que les crédits d’impôt auxquels la personne a droit.

Québec offre notamment un crédit d’impôt pour prolongation de carrière aux travailleurs admissibles de 65 ans et plus. Le gouvernement propose également un calculateur permettant d’estimer la portion du revenu de travail qu’une personne retraitée conservera réellement après les impôts, les cotisations et les possibles réductions de certaines prestations.

À titre d’exemple, selon le scénario présenté par Québec pour 2026, une personne retraitée de 65 ans gagnant 20 000 $ en revenu de travail pourrait en conserver environ 15 286 $, soit 76,4 %, grâce notamment aux différentes mesures fiscales offertes. Chaque situation demeure cependant unique et mérite d’être vérifiée.

Permettre aux aînés de continuer, sans les obliger

Favoriser le maintien en emploi des personnes expérimentées ne devrait jamais signifier les contraindre à travailler plus longtemps. La véritable question est plutôt de leur offrir le choix.

Ceux qui souhaitent prendre leur retraite doivent pouvoir le faire dignement. Ceux qui désirent continuer devraient avoir accès à des conditions adaptées à leur énergie, à leur santé et à leurs aspirations.

À 60, 70 ou 80 ans, certaines personnes souhaitent ralentir. D’autres veulent transmettre, créer, enseigner, conseiller, servir ou simplement continuer à faire partie d’une équipe.

Le travail n’est pas toute la vie. Mais lorsqu’il est librement choisi, valorisant et adapté à la personne, il peut certainement contribuer à lui donner du sens.

Et vous, aimeriez-vous continuer à travailler après 65 ans — par nécessité, par passion ou simplement pour demeurer actif?

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