Après un deuil, retrouver doucement le goût de vivre
- 19 août
- 4 min de lecture
Dernière mise à jour : 25 août
Perdre une personne que l’on aime bouleverse bien davantage que le quotidien. Ce sont des habitudes, des projets, une complicité et parfois toute une manière de se définir qui disparaissent avec elle.
Après le décès d’un conjoint, par exemple, il faut apprendre à vivre seul, mais aussi à penser au singulier après avoir passé des années à penser à deux. Certaines sorties deviennent difficiles, les repas n’ont plus la même saveur et les fins de semaine peuvent sembler interminables.
Puis, un jour, une invitation arrive. Un spectacle, un souper entre amis, une promenade ou une activité que l’on aimait autrefois. L’envie d’accepter se manifeste, parfois timidement. Mais elle peut aussitôt être accompagnée d’une étrange culpabilité : ai-je le droit de rire, de m’amuser ou simplement de passer un bon moment alors que cette personne n’est plus là?
La culpabilité de sourire de nouveau
Le deuil ne se vit pas selon un calendrier précis. Il ne suit pas non plus une succession parfaitement ordonnée d’étapes. Certaines journées semblent plus légères, puis une chanson, une odeur ou une date importante fait remonter la peine avec une intensité inattendue.
Dans ce mouvement imprévisible, les premiers instants de plaisir peuvent déstabiliser. Une personne endeuillée peut rire spontanément, puis s’en vouloir immédiatement. Comme si sa joie effaçait le lien avec la personne disparue ou diminuait l’importance de son chagrin.
Pourtant, recommencer à éprouver du plaisir ne signifie ni oublier ni aimer moins. La peine et la joie peuvent coexister. On peut s’ennuyer profondément d’une personne et apprécier malgré tout un repas, un film ou une conversation. Retrouver momentanément le sourire ne met pas fin au deuil : cela offre simplement un peu de répit au milieu de celui-ci.
Se distraire ou fuir sa peine?
Les activités agréables ne guérissent pas le deuil et ne doivent pas servir à enfouir systématiquement la souffrance. Mais elles peuvent aider à traverser les journées, à préserver certains repères et à reprendre contact avec le monde extérieur.
Il existe une différence entre s’accorder une pause et chercher constamment à ne rien ressentir. Remplir chaque minute pour éviter le silence peut devenir épuisant. À l’inverse, rester continuellement seul avec sa peine risque d’accentuer l’isolement.
L’objectif n’est donc pas de choisir entre pleurer et vivre, mais de laisser une place aux deux.
Une promenade peut apporter un peu de calme. Un film peut retenir l’attention pendant quelques heures. Un café partagé avec une amie peut rompre la solitude. Une activité manuelle ou artistique peut aussi permettre d’exprimer autrement ce que les mots ne parviennent pas toujours à dire.
Commencer par de petits pas
Après une perte importante, une sortie qui paraissait autrefois toute simple peut demander beaucoup d’énergie. Il n’est pas nécessaire de reprendre immédiatement toutes ses activités ni d’accepter chaque invitation.
On peut commencer modestement :
marcher quelques minutes dans son quartier;
recevoir une personne avec laquelle on se sent en confiance;
assister à une activité sans s’obliger à rester jusqu’à la fin;
écouter de la musique ou revoir un film réconfortant;
reprendre un loisir abandonné;
visiter une exposition ou retourner doucement dans la nature.
Certaines personnes préféreront une activité en solitaire, tandis que d’autres auront besoin de compagnie. Il n’existe pas de bonne manière de procéder. L’essentiel consiste à respecter son énergie et à choisir ce qui procure un peu de bien-être, sans se forcer à afficher une gaieté que l’on ne ressent pas.
Il peut aussi être rassurant de prévoir une porte de sortie : se rendre à une activité par ses propres moyens, prévenir un proche que l’on pourrait partir plus tôt ou décliner une invitation au dernier moment si la journée est particulièrement difficile.
Lorsque chaque activité ravive l’absence
Certaines expériences sont particulièrement chargées de souvenirs. Retourner dans un restaurant fréquenté en couple, assister seul à un spectacle ou partir en voyage peut rendre l’absence encore plus tangible.
On peut alors choisir de remettre cette activité à plus tard, mais aussi de l’aborder autrement. Inviter un proche à nous accompagner, changer de lieu ou créer un nouveau rituel peut aider à franchir cette étape.
D’autres personnes trouvent au contraire du réconfort à maintenir certaines traditions. Elles continuent de cuisiner une recette appréciée du défunt, de fréquenter un endroit aimé ou de souligner une date importante. Il ne s’agit pas de rester prisonnier du passé, mais de trouver une façon personnelle de préserver le lien tout en poursuivant sa route.
Les proches ne savent pas toujours quoi faire
Après les funérailles, l’entourage retourne graduellement à ses occupations. La personne endeuillée, elle, demeure confrontée quotidiennement à l’absence. Avec le temps, les invitations peuvent se raréfier, parfois parce que les proches craignent de déranger ou ne savent plus quoi dire. Une présence simple peut pourtant faire une grande différence. Inviter la personne sans insister, lui proposer une courte sortie ou lui téléphoner sans chercher à combler tous les silences constitue déjà une forme précieuse de soutien. Il faut également accepter qu’elle refuse aujourd’hui et accepte demain. Un refus ne signifie pas qu’elle souhaite être oubliée. Il peut simplement vouloir dire qu’elle n’en a pas la force cette fois-ci.
Redécouvrir la vie ne signifie pas tourner la page
On entend souvent qu’il faut « tourner la page » après un deuil. L’expression est maladroite, car la personne aimée ne devient pas un chapitre que l’on referme définitivement. Avec le temps, il s’agit plutôt d’apprendre à vivre avec son absence et à lui donner une nouvelle place dans son histoire. Les souvenirs demeurent, mais ils ne provoquent pas toujours la même douleur. Certains finissent même par faire sourire. Ce retour à la vie peut prendre différentes formes : renouer avec des amis, entreprendre un projet, voyager, découvrir une nouvelle passion ou simplement remarquer que l’on vient de passer une bonne journée. Ces moments ne trahissent personne. Ils témoignent plutôt de cette capacité profondément humaine à continuer d’aimer tout en recommençant, peu à peu, à vivre.
Quand demander de l’aide?
Même si le deuil est une réaction naturelle à la perte, il peut devenir très lourd à porter. Lorsque la souffrance demeure envahissante, que l’isolement s’accentue ou que les activités quotidiennes deviennent presque impossibles, il ne faut pas hésiter à chercher du soutien.
Au Québec, Info-Social 811 permet de parler gratuitement et confidentiellement avec un professionnel en intervention psychosociale. La Ligne Le Deuil, au 1 888 533-3845, offre également une écoute aux personnes endeuillées. Le gouvernement du Québec répertorie d’autres formes d’aide, notamment les services des CLSC et la plateforme gratuite MonDeuil.ca. Consulter les ressources québécoises
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